Protectionnisme vs libéralisme, qu’en dit l’empirisme ?

protectionnisme les eveilles

 

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https://www.leseveilles.info/2016/10/01/protectionnisme-vs-liberalisme-quen-dit-lempirisme
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Un éternel combat entre les protectionnistes et les libéraux a lieu. Une divergence d’opinions façonnée par l’histoire. Dans un monde prônant une libéralisation toujours plus accrue, qu’en est-il vraiment sur ces concepts ? Les éveillés retournent sur ces notions de libéralisme et protectionnisme.

 

Le protectionnisme, qu’est ce que c’est ?

 

Le protectionnisme consiste essentiellement à protéger ses producteurs vis-à-vis des autres producteurs mondiaux. Cette politique vise généralement à maintenir le plein emploi, garantir le même niveau de vie, développer son industrie et inverser le déficit de la balance commerciale. Cette politique est mise en place dans les industries naissantes, en cas de dumping (sociale, fiscale, environnementale) ou pour protéger son industrie d’une concurrence déloyale. Le protectionnisme nécessite généralement d’avoir une politique interventionniste de l’état, qui doit par la législation émettre des mesures en faveur du protectionnisme tel que : des droits de douane pour l’importation de produits étrangers, des subventions, la mise en place d’une préférence nationale, des incitations fiscales…

En somme, le protectionnisme est un courant qui contrairement au libéralisme, pense que les échanges internationaux ne sont pas forcément gagnant-gagnant, mais au contraire, profite qu’aux pays ayant une balance commerciale positive.

 

Le libéralisme économique

 

Le libéralisme économiste consiste à libérer totalement ou en partie l’économie d’un pays. Fondé sur de très bons principes : liberté, responsabilité et propriété, le libéralisme est aujourd’hui de plus en plus répandu. Fondé sur l’esprit des lumières le libéralisme a pour vertu la libre entreprise, le libre-échange, la libre consommation…

Le libéralisme économique est fondé sur une faible, voire une non-intervention de l’état dans l’économie. Née en France, ce courant libéral venant faire face au mercantilisme, qui était le mouvement économique majeur de l’époque. Le mercantilisme avait alors pour doctrine que le commerce extérieur avait pour principal but d’obtenir un afflux d’or, car la richesse est déterminée en fonction du volume de métaux précieux détenu par la nation.

Le libéralisme économique est fondé sur deux courants de pensée : les classiques et les néoclassiques. Les économistes classiques voyant que l’intervention de l’état n’était pas nécessaire et les néoclassiques qui cherchent à limiter l’action de l’état et non la supprimer, car ils ont bien conscience des défaillances du marché. Aujourd’hui, peu de libéraux prônent les théories classiques au détriment de la théorie de l’équilibre générale des néoclassiques.

 

 

Une réponse au mercantilisme : le cas du Japon

 

Le mercantilisme étant à son apogée jusqu’aux différentes vagues de mondialisations, différents courants de pensée ont vu le jour. En effet, la première vague de mondialisation ayant permis aux grandes puissances européennes de coloniser le Nouveau Monde, la structure des échanges se retrouve ainsi totalement bouleversée. Les découvertes permettent de connaître de nouvelles civilisations comme le Japon. Le Japon à cette période est le pays le plus peuplé au monde et le plus distingué en terme de richesse. Le pays étant très protectionniste est totalement autonome, ce qui est surprenant au vu de ces faibles ressources minières et de son statut d’île. Il possède alors l’armée la plus importante au monde, la mieux formée et possède des technologies économiques et notamment agraires qui permettent un essor important de la population. À cette période, un paysan vivait bien de ses terres en ayant moins d’un hectare !

 

L’ouverture aux étrangers et notamment aux Portugais permit au Japon de se lancer dans une démarche tendant plus vers le libéralisme économique. Les échanges vers le continent s’intensifièrent. Au-delà de la christianisation qui s’implanta au Japon, les échanges se révélèrent inadaptés au pays. En effet, le Japon étant un pays autonome, ils n’hésitèrent pas par exemple à copier et améliorer les arquebuses européennes, au détriment du marché. L’industrie japonaise étant limitée à l’artisanat, elle vit une concurrence déloyale dans l’échange de produits moins onéreux à acheter qu’à produire. De plus, la menace de la christianisation et toutes ces externalités négatives qu’entraînait alors le libre-échangisme pour la stabilité du pays, ont entraîné une phase d’isolationnisme, qui fut aussi connut comme une phase de prospérité économique et de paix du pays qui dura 200 ans avant la levée forcée de cet isolationnisme par les Américains.

 

Libéralisme, l’exception anglaise et l’exploitation du monde coloniale

 

Durant les siècles qui suivirent la première phase de mondialisation, le Royaume-Uni fut le premier pays à s’ouvrir à une doctrine de libéralisme économique. En effet, les îles britanniques étaient beaucoup plus dépendantes du commerce que les factions continentales. Grâce à leur empire colonial et leur victoire lors de la guerre de Sept Ans, le Royaume-Uni devient la première puissance mondiale devant la France. Néanmoins, les idées portées par Locke, Hume ou encore Smith ne sont pas si libérales pour tout le monde !

 

Depuis la guerre de Sept Ans, jusqu’à partir de la fin du XXe siècle, la prospérité britannique lui vient de ces colonies au détriment de ces dernières. Le Royaume –Uni imposait ainsi des traités inégaux visant à exploiter au mieux les richesses de ses colonies, sans que ces dernières puissent la concurrencer. C’est le cas de l’Inde par exemple, qui a vu la disparition de sa filière de textile qui était alors très réputé et développé. La Grande-Bretagne a ainsi imposé à l’Inde, la production de certaines filières telles que la filière du coton, afin que les tisserands hindous ne viennent pas concurrencer la filière du textile britannique.

Ou encore, rappelez-vous la guerre de l’opium, le Royaume-Uni a alors ouvert par la force le marché chinois de l’opium pour ses producteurs hindous. La Chine avait interdit la consommation d’opium pour sa population, car l’opium ce vue une catastrophe sanitaire pour sa population.

De nombreux autres exemples peuvent être cités, comme la guerre de sécession, le nord protectionniste contre le sud libre-échangiste, cependant le nord prônait des valeurs de liberté tel que l’abolition de l’esclavage, tandis que le sud prônait un libre-échange coûte que coûte! La victoire du nord (l’union), contre les confédérés, permit aux Etats-Unis, de devenir la puissance mondiale qu’elle est aujourd’hui, car ne vous y méprenez pas, les Etats-Unis sont autant protectionniste que libéraux aujourd’hui.

Aujourd’hui encore ces inégalités existent, la raison pour laquelle le tiers monde c’est appauvrie et peine à ce développer est étroitement lié aux politiques de libre-échange des pays développés vers les pays qui le sont pas.

 

Le libéralisme aujourd’hui, l’équilibre général est-il respecté ?

 

Le libéralisme est devenu la principale doctrine économique du monde. Pourtant, il ne remplit pas tous ses objectifs. Les économistes classiques pensaient que l’intervention de l’état nuisait aux principes du libre échange. Cependant, l’existence de défaillance des marchés a prouvé le contraire. Les principes portés par les économistes classiques sont pourtant bons : liberté, responsabilité et propriété. Mais la théorie classique ne prend pas compte des comportements des acteurs, dans le sens ou elle suppose que tous les acteurs respecteront ces principes. Cependant, il n’en est rien et pour cause chaque acteur qui peut accroître sa satisfaction économique le fera au détriment de l’autre.

 

L’équilibre général est l’objectif principal de la doctrine libérale, cependant pour se faire elle doit respecter certaines normes qui garantissent un libéralisme pour tous. Un de ces principes est l’atomicité des agents qui consiste au fait qu’aucun acteur ne doit pouvoir être assez important pour influencer par quelque manière que ce soit le marché. Or ce premier principe n’est pas encore respecté aujourd’hui. Les principaux industriels et transnationales des secteurs influencent le marché, puisque de par leurs importances, elles déterminent le prix des produits (en amont et en aval). De plus, une grande partie de ces entreprises financent les partis politiques et médias, dans un but précis : obtenir un environnement qui leur est favorable.

 

Le second principe n’est autre que la rationalité des agents. Selon ce principe, les agents rationnels vont chercher à maximiser leurs satisfactions économiques en cherchant à posséder le plus de biens possible. Cependant, le mode de consommation d’un Américain n’est pas le même qu’un Français. Cette fonction de rationalisation des agents va donc dépendre de la culture de ces derniers. Cette variable devrait donc être prise en compte.

La troisième caractéristique de cette théorie est l’homogénéité du produit. Selon ce principe, seul le prix doit déterminer un produit, puisque ces caractéristiques doivent être similaires. Cependant, l’uniformisation des caractéristiques des produits est un élément inhérent à la mondialisation, qui vise à instaurer une culture commune. La France est l’archétype même du processus contraire. En effet, si on prend l’exemple de l’agriculture française, les différentes appellations sont la preuve de la diversité des produits et de la culture française.

Le quatrième principe est la transparence du marché, ce qui implique une information parfaite. Hors la protection industrielle, l’achat des médias par des structures privés, l’information confidentielle sont des preuves d’inexistence de cette variable.

 

Le cinquième principe est la libre entrée sur le marché, seul le facteur prix doit rentrer en compte pour l’entrée d’un nouvel acteur sur un marché donné. Ce principe ne suppose aucune barrière liée au savoir fait (propriété industrielle ou brevets) et aux capitaux. Cependant, ces barrières sont omniprésentes, la propriété industrielle est abondante et les barrières liées aux capitaux sont existantes, il suffit de voir ces start-ups se faire racheter par les industriels, ce qui limite ainsi la concurrence.

Le dernier principe n’est autre que la mobilité des facteurs de productions (Travail et capital). La mobilité est un facteur qui s’est énormément développé en l’espace de trente ans. Cependant, le système de visa peut nuire au mouvement de la main d’œuvre, ce qui n’est pas le cas des capitaux.

 

Le cas de la France, le protectionnisme salvateur ?

 

Si le libéralisme est tant remis en cause, c’est peut-être tout simplement parce qu’il n’est pas respecté. On retombe sur des schémas existants, les transnationales et la financiarisation font comme le Royaume-Uni à procéder avec ces colonies dans le passé, elles exploitent les pays en voie de développement, et ce au détriment des principes libéraux.

 

La France n’échappe pas à ce libéralisme qui ne fait que profiter une sphère de privilégié au détriment de la population. Souvenez-vous du traité Cobden-Chevalier de1860, Le Royaume-Uni et la France signent le premier traité de libre-échange de l’histoire. Cependant, l’essor de cette liberté a vu les marchés français inondés de produits anglais, qui profitaient d’un savoir-faire et d’une industrie beaucoup plus performante que l’industrie française. La conséquence de ce traité fut la faillite de l’industrie française. Cette vague de libre-échange entraîna aussi la grande dépression avec l’essor des activités bancaires encore mal régulé à l’époque qui entraîna la crise bancaire de 1873.

Le protectionnisme fut alors salvateur puisqu’il permet à l’Europe de se moderniser et de renforcer son industrie, afin de connaître une prospérité économique qui dura jusqu’à la Première Guerre mondiale.

 

Empiriquement, il apparaît plus probant qu’un protectionnisme raisonné a permis un meilleur développement des économies que le fut le libéralisme. Cependant, on tend tous vers le libéralisme, cette utopie pour laquelle tant de personnes se sont battues est à portée de main. Mais pour ne plus être une utopie, elle doit respecter ses principes fondamentaux. Sur le principe, les économistes sont libéraux. Maurice Allais par exemple a venté les bienfaits d’un libre-échange raisonné entre pays ayant des caractéristiques économiques assez proches. On ne peut pas faire du libre-échange entre la France et la Chine pour la simple raison que la France possède un nombre d’externalités (coût du travail, législation…) qui jouent un rôle alors négatif sur les marchés. De plus, la suppression de ces externalités n’entraînerait qu’un retour à l’esclavagisme, l’exploitation des plus pauvres par les plus riches, en somme un régime féodal.

 

Il est important de comprendre, comme le disait Friedrich List « le protectionnisme est une voie, le libre-échange est notre but ».

 

 

4 Comments

  1.  » La théorie, c’est quand on sait tout, mais que rien ne fonctionne. La pratique c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi  » disait Einstein
    La mondialisation c’est du protectionnisme…à l’envers ! On oblige nos entreprises à respecter des normes fiscales et environnementales dont on dispense leurs concurrents du Tiers Monde. A l’image de boxeurs dont on attacherait une des mains dans son dos.
    « Actualisation 40 ans plus tard – Lorient le 27/07/2013

    Le système libéral est perfectible. On peut remplacer cette solidarité boiteuse, source d’inflation, de chômage et d’inégalités par une solidarité véritable, en application de cette analyse ancienne. La mondialisation de l’Économie a changé la donne, comme l’avait annoncé Maurice Allais, rendant encore plus nécessaire une autre assise des charges sociales que celle des salaires.
    I -En instituant une part de solidarité par le moyen d’une taxe sur la valeur ajoutée de 20 % d’où il serait possible de déduire un SMIC amélioré assorti d’un crédit d’impôt, car nous produisons pour les autres mais notre droit sur leur production dépend seulement de la concurrence dans notre propre secteur. Si elle est forte notre droit à la production des autres est faible et inversement, quels que soient nos besoins et la capacité de les satisfaire. C’est archaïque , irrationnel !
    2 -Il convient aussi de calculer autrement les charges sociales et les impôts et de les détacher des rémunérations en les attachant aux volumes réels par la TVA. Les produits exportés, donc indisponibles, en seraient dispensés : les étrangers n’ayant pas droit à notre Sécu ni à nos retraites pourquoi les leur faire payer. Inversement les produits importés les supporteraient puisqu’ils sont disponibles pour notre consommation. L’ ETAT Régalien n’a pas à discriminer son imposition selon la provenance !
    De même, sur le plan interne, l’importance d’une part de marché conséquente ou de l’emplacement serait relativisée, car cessant de jouer sur l’incidence des charges, ce qui permettrait la cohabitation de petites et grandes surfaces dans toute l’ Économie et mettrait fin aux phénomènes de concentration et désertification observés partout, causés par un système libéral individualiste.
    3 – Enfin une indexation de la masse salariale sur la valeur ajoutée à hauteur de 50 % d’où on pourrait déduire un montant limité par salarié favoriserait une diminution du temps de travail que le Progrès permet et que la Concurrence empêche ! Et que ceux qui vendent plus emploient plus !
    Restons les pieds sur terre, proposons des mesures précises, concrètes issues du terrain, car on vois bien que ce faux libéralisme – laissez-fairisme dit Maurice Allais – nous conduit dans une impasse financière et climatique.
    Il est urgent de changer de modèle de développement, la planète ne pouvant suffire à cette société de consommation, où chacun doit pousser les autres à consommer pour avoir le droit de consommer lui-même !
    Diminuer la concurrence, augmenter la solidarité, passe nécessairement par le remplacement des cotisations sociales – ou système du chacun pour soi – par la TVA-lisation de ces charges en application de la réponse que m’a faite la Commission Européenne, ci -dessous:

    Bruxelles, le 22 Avril 2015

    Monsieur,

    Je vous remercie de votre courrier et de nous faire part de vos réflexions et préoccupations quant à la situation économique.

    Comme vous le savez, la fiscalité directe reste de la compétence exclusive des États membres de l’ Union Européenne et seul un vote à l’unanimité au Conseil permet d’aligner les politiques fiscales nationales au niveau européen. Toutefois, au travers du cycle annuel de coordination des politiques économiques ( appelé communément le semestre européen ), la Commission européenne recommande à certains des ÉTATS membres de basculer la charge d’impôt du travail vers d’autres assiettes fiscales telles que la consommation, l’immobilier et la taxation environnementale.

    Les principaux éléments guidant la position de la Commission à ce sujet sont repris dans l’examen annuel de la croissance (la version 2015 est disponible en Français via le lien suivant http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/5015/ags2015_fr.pdf). Des éléments plus techniques sont disponibles dans le rapport analytique sur les réformes fiscales dans les pays européens, publié par les directions générales des affaires économiques et financières (ECFIN) et de la fiscalité et de l’union douanière(TAXUD). Vous trouverez un exemplaire de ce rapport ci-joint(disponible en anglais uniquement).

    Cordialement.

  2. En effet, la TVA est le meilleur système d’imposition qui soit. Néanmoins, il faut limiter les plafonds en fonctions de différents critères: pour les entreprises: en fonction de l’embauche et de l’investissement car ces deux éléments sont liés. Ainsi la mise en place des cotisations sociales, de l’IS et des impôts locaux seraient indexés sur la TVA. Enfin, pour le consommateur, la TVA devra différé des produits importés dans le sens ou toutes les externalités négatives (politique sociale, charges, environnement…), doivent être prise en place. Le principe de la taxe pigouvienne: pollueur, payeur ! Enfin en fonction des produits de premières nécessités (alimentation) et ceux de secondes (loisirs). Ainsi, on aurait un système de taxation socialement parlant beaucoup plus responsable!

  3. Le partage forfaitaire d’une partie de la TVA et de la TIPP aboutit à un prix de revient de tout produit proportionnel à son revenu. Il n’y a donc plus besoin de taux de TVA différents selon leur caractère plus ou moins vital, la redistribution effaçant la perception jusqu’à un certain revenu, devenant même un instrument de redistribution d’allocations diverses.
    Cette redistribution rendant la TVA, comme la TIPP, non seulement juste mais progressive, permettant donc de supprimer l’impôt sur le revenu, déjà pesant très peu par rapport à la TVA.
    Cette redistribution générale supprimerait aussi les effets de seuil stupides et injustes où pour quelques euros de revenu vous n’avez pas droit à la CMU, par exemple.
    Elle supprimerait l’argument hypocrite avancé par les gros dénonçant l’injustice de la TVA pour les petits revenus, les mettant donc à découvert et à contribution, chaque euro contribuant quelque soit son niveau !

  4. Il est certain que la TVA, enlèverait à elle seule le caractère injuste des autres impôts et notamment des seuils qui sont en effet inadapté et arbitraire dans une certaine mesure. Mais la TVA ne doit pas être la même partout, notamment sur les éléments de première nécessités, il ne faut pas freiner la consommation. Cependant, une TVA responsable peut être dégressive ou inférieure (responsable, dans le sens écologique, respect des droits des animaux dans l’élevage…). Il est important de soutenir les bonnes pratiques.

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